La Prestidigitation

Avant d'être appelée prestidigitation, cette discipline était appelée tantôt « physique amusante », tantôt escamotage. Le mot « prestigiateur » (il est issu du latin et survit en italien dans le « prestigiatore »), qui a existé en français jusqu'à la fin du siècle des Lumières, a été supplanté par le pompeux barbarisme de « prestidigitateur » qui - outre l'alourdissement syntaxique - a fait perdre à la discipline sa référence au « prestige » antique pour ne laisser qu'une référence appauvrie à l'agilité des doigts. Praestigiator, au XII° s., chez Jean de Salisbury, désignait un prestidigitateur, un faiseur de tours, et il ajoute que l'on soupçonnait le diable d'être l'auxiliaire de ces baladins : de là, plus tard, le glissement de prestidigitateur à magicien. Mais, en 1583, le concile provincial de Tours l'utilise comme synonyme de magus (magicien).

Le nom d'escamotage pourrait venir de l'arabe escamote qui désigne une petite balle de liège à laquelle on a donné plus tard le nom de muscade, à cause de sa ressemblance avec ce fruit. Dans le principe, l'escamotage s'appliquait uniquement aux goblets.

Aujourd'hui le mot prestidigitation ne peut définir à lui seul l'art de la magie puisque cet art ne consiste pas seulement en la vitesse des doigts. La réussite dans cet art se fait grâce à un ensemble de critères tels que la manipulation, les accessoires, le timing : respect des temps forts et des temps faibles, le boniment ou la musique, les fioritures, l'attitude (la personnalité et l'originalité), le regard, le don de comédien ...

 

Historique

Les pratiques magiques remonteraient à la préhistoire. Bien que les spécialistes ne soient pas tous d'accord sur leur signification, les gravures rupestres de sorciers et d'animaux mythique semblent bien en attester. L'Ancien Testament décrit le « combat » que livrèrentMoïse et Aaron contre les magiciens de Pharaon. « Moîse jeta devant Pharaon son bâton qui se transforma en serpent. Pharaon à son tour, convoqua les sages et les enchanteurs. Et les magiciens d'Égypte, eux-aussi, accomplirent par leurs sortilèges le même prodige. Ils jetèrent chacun son bâton qui se changea en serpent, mais le bâton d'Aaron engloutit ceux des magiciens ».

Les premiers objets magiques retrouvés intacts sont des vases grecs truqués datant du vie  siècle av. J.-C. . L'un deux, conservé et exposé au musée du Louvre, comporte un siphon permettant de le vider et de le remplir à plusieurs reprises. Un autre vase conservé au musée Allard Piierson D’Amsterdam daté du ive siècle av. J.-C. permettait de verser à volonté deux liquides différents. Les écrits grecs et romains relatent leur intérêt pour les « faiseurs de prestiges ».

De la plus haute Antiquité à nos jours l’art de manipuler les objets, comme l’utilisation des marionnettes, et de prétendre que cette manipulation est le fruit d’un phénomène surnaturel, existe. On en trouve un témoignage remarquable, en ce qui concerne le deuxième siècle de notre ère, chez Lucien de Samosate, qui, dans son Alexandron è pseudomantis, décrit et explique les pratiques et les tours de passe-passe d'Alexandre d'Abonotique.

 

Avant d’être un divertissement, la prestidigitation a servi à matérialiser le divin et s’est assimilée à la magie noire, tandis qu’elle s’est peu à peu affirméemagie blanche pour s’éloigner des bûchers. Sa pratique a longtemps profité aux socrciers mais les a aussi souvent conduits à être poursuivis par l’Inquisition. C’est d’ailleurs dans le but de démystifier les procédés employés par les escamoteurs et autres faiseurs de tours en vue de leur éviter le bûcher, queReginald Scot (1538-1599) publia en 1584 A Discoverie of Witchcraft.

Aujourd’hui encore, elle est parfois utilisée à des desseins peu avouables, pour tromper le quidam à un jeu d’argent, pour fanatiser des membres de sectes ou  pour établir son ascendant sur une personne et en tirer profit.

La représentation de la première carte du jeu de tarot de Marseille est le bateleur, qui est la représentation du magicien, ancêtre de l’escamoteur devenu leprestidigitateur.

Elle est pratiquée le plus souvent par des artistes dans le cadre du monde du spectacle. Le magicien s’est entraîné pour créer les illusions qui leurrent nos sens : il fait apparaître et disparaître diverses choses, il défie la gravité, transforme la matière, lit dans les pensées, voit dans l’avenir. Avec ses astuces et son habileté, son adresse et son boniment, une mise en scène théâtrale, un éclairage subtil ou un fond musical, le magicien crée un contexte grâce auquel son trucage - au demeurant parfois fort simple mais astucieux - devient stupéfiant au point de créer l’illusion qu’un mystère vient de se produire sous nos yeux.

La prestidigitation semble avoir eu ses maîtres en Italie. C’est en tout cas de là que Jean-Eugène Robert-Houdin écrit avoir identifié l’origine, avec la venue d’Italie à Paris de faiseurs qui appelaient leurs tours des jeux. Il cite les pionniers restés en mémoire : Jonas, Androletti, Antonio Carlotti, puis l’un des fondateurs, Giuseppe Pinetti auquel son maître, le comte Edmond de Grisy, dit Torrini, devait tout, même s’il s’en vengea.

 

Source d'information www.wikipedia.org